Barack Obama veut limiter l’activité des banques de Wall Street

BARACK OBAMA PROPOSE DE MIEUX ENCADRER LES GRANDES BANQUES Agrandir la photo

Barack Obama s’en est pris aux grandes banques de Wall Street jeudi en annonçant de nouvelles mesures visant à limiter certaines de leurs activités les plus lucratives accusées d’avoir contribué à la crise financière, ce qui a fait dégringoler la Bourse et le dollar.

Le président américain, soucieux de reprendre la main deux jours après avoir perdu la majorité qualifiée au Sénat, veut interdire aux banques, ou aux institutions financières contrôlant des banques, de posséder, d’investir ou de soutenir des fonds spéculatifs ou des fonds de capital-investissement.

« Nous devons mettre en oeuvre des mesures de bon sens qui vont protéger les contribuables américains et l’économie américaine de crises futures », a déclaré le chef de la Maison blanche à la presse, entouré pour l’occasion de ses principaux conseillers économiques et de parlementaires de premier plan.

« Il ne faut plus autoriser les banques à trop s’éloigner de leur mission centrale qui est d’être au service de leur clients », a ajouté le président.

« Si ces gens veulent la bagarre, c’est un combat que je suis prêt à avoir », a-t-il lancé, adoptant un ton plus populiste visant à rassembler son camp autour du mécontentement de l’opinion face aux excès de Wall Street.

La décision de Barack Obama intervient après d’autres mesures destinées à encadrer les banques et deux jours après la cinglante défaite subie par les démocrates au profit des républicains dans la sénatoriale partielle de leur bastion du Massachusetts.

FIN DU CONCEPT « TROP GROS POUR FAIRE FAILLITE »

Barack Obama souhaite également restreindre sévèrement la pratique des opérations pour compte propre, qui consiste pour les banques à jouer en Bourse leur propre argent par opposition aux placements pour le compte de la clientèle.

Ces opérations se sont révélées extrêmement lucratives pour les banques mais elles ont accru la volatilité sur les marchés. La Maison blanche estime que cette pratique a contribué à mettre le système financier américain au bord du gouffre en 2008.

Barack Obama souhaite aussi que soit votée une limite à la taille des banques en proportion de l’ensemble du secteur financier. Cette limite prendrait en compte, outre les sommes déposées en banque, déjà plafonnées, d’autres sources de financement comme la dette.

« Ces dernières années, de trop nombreuses institutions financières ont risqué l’argent du contribuable en gérant des fonds spéculatifs et des fonds de capital-investissement et en faisant des investissements plus risqués pour obtenir des bénéfices rapides », a critiqué le chef de l’Etat.

Les actions des principaux établissements du pays ont dégringolé après ces annonces tandis que le dollar chutait face au yen et effaçait ses gains face à l’euro. JPMorgan Chase a fini en recul de 6,59%, Citigroup de 5,5% et Bank of America de 6,2%. Goldman Sachs et Morgan Stanley ont perdu plus de 4% chacune.

S’exprimant après Barack Obama, Austan Goolsbee, un de ses conseillers économiques, a expliqué que les mesures annoncées visaient à mettre fin au concept qui voudrait que certains établissements soient « trop gros pour faire faillite » et montrer que quand de telles institutions « échouent, elles meurent. »

« Cela va avoir un effet énorme sur les grands noms du courtage comme Goldman Sachs ou JPMorgan. S’ils arrêtent les opérations pour compte propre, non seulement cela assèchera la liquidité du marché mais aussi toute la structure de Wall Street« , estime Ralph Fogel, chez Fogel Neale Partners.

JOSEPTH STIGLITZ APPROUVE

Rob Nichols, président du Financial Services Forum, un groupe de pression représentant les patrons des grandes banques, a fustigé « l’interdiction arbitraire de « certaines activités » et la fixation de « limites arbitraires en matière de taille » en estimant que le trading, pour compte propre ou non, n’était pas à l’origine de la crise.

Avant son annonce, Barack Obama avait rencontré Paul Volcker, ex-président de la Réserve fédérale qui dirige l’équipe de ses conseillers économiques. Celui-ci est favorable à un encadrement des grands établissements financiers pour limiter leur capacité de nuisance.

De sources financières, on a indiqué que le secrétaire au Trésor Timothy Geithner aurait montré une attitude réticente. Il craindrait que la limitation proposée en matière de taille et d’activité pour compte propre des grandes banques ne limite leur compétitivité au niveau mondial, a-t-on expliqué.

Mais un responsable de la Maison blanche a affirmé que le plan de Barack Obama avait le soutien unanime de toute l’équipe économique du président.

Le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz a estimé que les propositions de Barack Obama étaient « un grand pas en avant », mais qu’il restait à réglementer les marchés de produits dérivés.

En décembre, la Chambre des représentants a voté une importante réforme financière qui prévoyait déjà la possibilité pour les autorités de régulation de restreindre l’activité pour compte propre. Le Sénat ne s’est pas encore prononcé sur le sujet.